Sur l'aire de repos de Chanteraine, on peut gravir un talus. La vue sur l'horizon y est imprenable.

Ca fait un moment que j'avance sur la Nationale Quatre à bord de ma nouvelle acquisition : une Peugeot Partner édition limitée quiksilver grise métallisée.

Elle m'a porté à travers la Meuse jusqu'ici.






C'est une aire sans rien. Quelques tables de pique-nique et un parking. Sur le parking, les camions font office de salon ou de chambre à coucher pour les routiers. L'un d'entre eux sort de sa cabine pour faire quelques pas. Il s'appelle Vinze, il est Hongrois, mais nous n'avons aucune langue en commun. Il accepte, légèrement perplexe, une rapide photo avant de remonter dans son camion.






Moi, je remonte dans ma voiture pour poursuivre le voyage. Direction : Vitry-le-François, la seule ville à être littéralement traversée par la Nationale Quatre. Une ville traversée et ignorée par tous. Sa qualité de ville, avec son histoire, sa géographie, ses habitants, se trouve comme effacée par le flux qui la transperce sans interruption.

Que raconter sur Vitry-le-François ? Je décide d'entrer dans le lieu le plus emblématique de la ville aux yeux des voyageurs : le McDonald's. Pour ceux qui vont de Paris à Nancy, ce fast-food est idéalement situé, un peu plus qu'à mi-chemin. C'est là que la plupart des pauses se font, que les rendez-vous se donnent pour les covoitureurs qui veulent quitter la ville.






Oui ça fait 17 ans qu'on a ouvert. Notre Mcdo, il fait partie des Mcdos atypiques parce que vue l'activité aux alentours, on a encore pas mal d'anciens. On est beaucoup à être là depuis le début, on n'a pas beaucoup de turn over. Vous comprenez ce que c'est le turnover ? Nous on en a pas beaucoup parce que le bassin Vitryat est quand même un peu... limité en emplois. On va dire ça comme ça.






En attaquant ce reportage, j'étais fermement décidé à n'entrer que dans les vieux routiers, les restaurants familiaux... Ce qui m'intéressait, c'était les vestiges qui continuent à border la Nationale 4, et qui ne tarderont pas, soit à fermer soit à se faire franchiser par une multinationale.

Mon entrée dans le MacDo de Vitry le François devrait donc constituer une grave entorse à mon petit règlement personnel. Pourtant, ici, je suis forcé de constater que quelque chose d'insolite flotte dans l'air. Une chaleur qu'on ne trouve pas dans les MacDo de ville. Alors que Joëlle, la manager, me détaille son parcours ainsi que celui de son restaurant, je commence à comprendre.






Ouais ben on est décontractés parce que l'affluence est un peu petite aussi, on vient de vivre un gros jour ferié donc du coup c'est un peu la relâche et puis bon on a beaucoup d'habitués. On connaît les gens aussi ça y fait hein. Parce que dans d'autres grandes villes, on a pas le temps d'avoir cette proximité avec les clients. On annos habitués du matin par exemple on sait qu'ils vont venir tous les matins prendre leur café. C'est aussi un macdo comme ça, c'est ce qui fait sa particuliarité. Les gens qui viennent tout le temps, c'est comme une petite famille qui s'agrandit à chaque fois en fait. En tout cas mais c'est mon ressenti personnel.






En 2000, quand ce McDonald's a ouvert, Joëlle a dû passer deux entretiens pour passer la pré-sélection.






Légèrement déboussolé, je repars.






Joëlle