Pause déjeuner. Extraits retranscrits du journal de bord.






Je suis à la sortie de Vitry le François, je suis parti de Nancy il y a trois heures je pense maintenant, et je me retrouve dans cet endroit complètement fou. C'est exactement le type d'endroit auquel je pensais avant de faire le reportage, le type d'endroit devant lequel on passe en se disant : "qu'est-ce que c'est que ce truc ?"

Ce truc, c'est un squelette de station-service.






Je suis assis par terre au niveau de la caisse, tout est taggé, les carreaux sont cassés, c'est un endroit complètement oublié... Il y a beaucoup de végétation. Les herbes, ce qu'on appelle les mauvaises herbes, reprennent leurs droits un peu partout. Entre le carrelage, dans les fissures du béton.

On reconnaît encore le parking, on décèle encore des traces de la vie qui se déroulait ici. Derrière moi, il y a une porte, une porte qui était réservée au personnel. Le logo, qui illustre un pompiste, est encore là. La porte reste fermée.






Je suis assis sur cette station service abandonnée et je regarde les camions qui passent ou les automobilistes, je vois qu'ils se demandent ce que je fais là et je comprends. Parce qu'effectivement je n'ai rien à faire là à part prendre des photos et pique-niquer.

Cette route, comme toutes les routes, peut paraître anonyme, mais elle est en fait chargée de regards. Quand on se promène autour de cette route on se sent inévitablement observé. Quand on conduit le moindre détail un petit peu inhabituel accroche le regard, surtout sur une route aussi monotone que la N4 avec ses longues lignes droites.






Je suis seul au milieu d'une sorte de terrain vague avec des carcasses de hangars et en même temps je suis accompagné. On me regarde. On se pose des questions. Les routiers tournent la tête.

En arrivant ici, j'ai dû traverser un champ pour accéder à cet endroit, j'ai été surpris par un chevreuil. On était à cinq, six mètres l'un de l'autre. Je suis bien content de m'être arrêté là.






Je vais finir ma cigarette et puis je vais retourner vers Vitry le François, trouver une nouvelle voiture. Une seule suffira probablement pour m'emmener à Paris. Il n'y a plus grand-chose entre ici et là-bas.

Il y a des villages assez incroyables, mais je m'y arrêterai quand j'aurai mon propre véhicule.